Déclaration du secrétariat du pôle de renaissance communiste – 15 novembre 07
La lutte doit plus que jamais s’organiser à partir de la base !
Car ce sont ses intérêts qu’il s’agit de défendre.
Après la puissante grève du 18 octobre, une grève reconductible de grande ampleur a été déclenchée depuis le 14 octobre contre le projet européo-Sarkoziste de liquider les régimes spéciaux de retraite à la SNCF, à la RATP, à EDF-GDF… préalable à une attaque globale contre le régime général des retraites.
Mais les directions syndicales et le gouvernement semblent s’être mis d’accord sur un projet de « sortie de crise » concernant les régimes spéciaux avec l’annonce de négociations entreprise par entreprise à partir du projet gouvernemental !
Pourtant, alors que la CFDT appelle d’ores et déjà à la suspension de la grève et que la confédération CGT demande de manière ambiguë aux salariés concernés « d’apprécier les avancées constatées et de prendre en assemblées générales les décisions qui préservent leurs forces et l’unité syndicale », à la base, chez les cheminots ou à la RATP, la grève est partout massivement reconduite et l’amertume, voire la colère, est vive face à cette situation et au décalage sans cesse croissant entre les revendications des travailleurs et leurs « traductions » par les directions syndicales. Alors que dans les AG et les manifestations s’expriment depuis le début deux revendications majeures (refus de la casse des régimes spéciaux, appel à la construction d’une convergence des luttes permettant aux salariés de se défendre tous ensemble contre toutes les attaques), celles-ci ont systématiquement été contournées par les directions syndicales.
Comme en 1995, la direction CFDT a joué son rôle de courroie de transmission des projets patronaux en affirmant son accord avec la casse des régimes spéciaux : « nous sommes favorables à l’harmonisation des régimes de retraite » déclarait ainsi le 29 septembre Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT chargé des retraites. En revanche, et en contradiction avec la position prise en 1995, les directions FO et CGT n’ont pas réclamé le retrait pur et simple du projet gouvernemental ; elles n’ont bientôt plus évoqué le maintien des 37,5 annuités (en encore moins les 37,5 annuités pour tous !) et ont rapidement demandé de « bouger le cadre général de la réforme » tout en prétendant refuser la négociation entreprise par entreprise : « à nos yeux, d’un cadre global qui demeure mauvais ne peuvent sortir de bonnes mesures au niveau des entreprises et des branches » écrivait ainsi Bernard Thibault le 9 novembre.
Pour qui sait lire entre les lignes, cela annonçait un virage dans le sens de la réforme gouvernementale et cela ouvrait la porte à tous les reculs. Et le mardi 13 au soir, au moment même où la grève débutait à la SNCF et à la RATP, Bernard Thibault prenait en effet à revers les grévistes, leurs revendications et leur détermination, en annonçant que la CGT réclamait désormais l’ouverture « des cycles de négociation avec les directions d'entreprises et les représentants de l'Etat sur chacun des régimes spéciaux », autrement dit entreprise par entreprise. Avant même que la grève débute, la direction CGT portait un coup sévère au mouvement en annonçant son ralliement aux exigences gouvernementales, à savoir : négociations sur la base du projet du gouvernement et dans les conditions définies par lui, acceptation de la contre-réforme et division par entreprise des travailleurs concernés ! Dès mercredi 14, Claude Guéant, conseiller anti-social de Sarkozy, pouvait chaleureusement remercier le responsable de la CGT («Bernard Thibault a fait en sorte que la crise puisse se dénouer dès le premier jour du conflit »), ce en quoi il se trompait d’ailleurs tant la détermination est forte chez les travailleurs.
Pour justifier son attitude et sa trahison des revendications de la base, la direction CGT invoque la nécessité de raccourcir la grève vu ses côtés « impopulaires »; la Confédération évoque même « l’intérêt des usagers des transports » !! Ces arguments - qui relaient au passage le discours du gouvernement, des instituts de sondage aux mains du MEDEF et des médias aux ordres - confirme que les directions syndicales ont plié devant le discours et les intérêts du MEDEF et n’ont pas mené de vraie bataille idéologique, à partir du moment où elles ont accepté le principe de la contre-réforme des régimes spéciaux. Plus largement, nous savons depuis la loi Fillon de 2003 qu’une nouvelle attaque contre les retraites est programmée pour 2008 et que son préalable c’est la casse des régimes spéciaux ; depuis cette date, qu’ont fait les directions syndicales pour anticiper cette bataille et populariser les revendications fédératrices de défense et d’amélioration pour tous des retraites par répartition ? (37,5 annuités pour tous par exemple)
Cette question rejoint la deuxième revendication exprimée par les grévistes et que les directions syndicales ont également refusé de porter : travailler à la convergence des luttes qui se développent contre la régression sociale tous azimuts imposée par le gouvernement, le MEDEF et l’UE (cheminots, salariés du transport, électriciens-gaziers, fonctionnaires, enseignants, étudiants, magistrats et salariés de la justice, salariés du privé, usagers de la sécu…). Ce refus de porter cette revendication, explicite ou non, a été patent pour toutes les grandes confédérations.
La CFDT, pompier de service des contre-réformes, a clairement annoncé la couleur par l’intermédiaire de Chérèque expliquant qu’il n’était pas question de mélanger les revendications et que si la jonction se faisait entre cheminots et travailleurs de la fonction publique, la CFDT se retirerait des mouvements. Mailly a indiqué le 12 novembre que FO ne souhaitait pas "a priori" prolonger la grève dans les transports publics jusqu'au 20 novembre, et que la « jonction n’était pas à l’ordre du jour entre cheminots et secteurs en lutte le 20 novembre. Quant à la CGT, son silence est assourdissant sur un sujet qui occupe pourtant la plupart des discussions des travailleurs en lutte ou en voie d’y entrer. Ce refus revendiqué par les uns, tu par les autres, de travailler à l’unité des luttes, porte préjudice au développement du mouvement populaire: chaque secteur, à commencer par les cheminots, est ainsi isolé, donc affaibli face à un pouvoir qui a toutes les armes en main.
Alors que les travailleurs sont tous ensemble assaillis par la rupture anti-sociale de Sarkozy, les directions syndicales sont divisées en deux lignes, apparemment opposées mais coupables toutes les deux de maintenir les travailleurs dans l’impuissance :
- d’une part, pour aller vite, une ligne incarnée, par les directions de SUD, de la CNT ou de certains secteurs de FO, qui ont tendance à glorifier l’action immédiate et directe ainsi qu’à évoquer en toute occasion la grève générale. Cette ligne sous-estime l’importance du travail quotidien au plus près des préoccupations des travailleurs et décourage souvent les meilleures volontés par des mots d’ordre déconnectés des réalités concrètes.
- d’autre part, une ligne qui s’affirme réaliste (directions CFDT, CGC, CFTC, FO, et de plus en plus CGT , après les précédents du traité constitutionnel européen, du manque de soutien à la SNCM et aux traminots marseillais en 2005 ou au refus d’évoquer la généralisation des grèves en 2003…). Cette ligne a abdiqué toute volonté de changement social. Elle impose un syndicalisme d’accompagnement des régressions, qui soumet les travailleurs aux intérêts du MEDEF. Se plaçant toujours sur le terrain de l’adversaire, elle multiplie les mots d’ordre sectoriels acceptables par le patronat et le gouvernement mais esquive le plus possible l’action et toujours la construction de la convergence des luttes. Ce syndicalisme, en voie d’intégration aux institutions officielles et directement subventionné par le gouvernement ou l’Union Européenne, joue de plus en plus ouvertement le rôle « d’agent de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier ».
Entre ces deux lignes, c’est aujourd’hui la seconde qui domine dans les états majors syndicaux et qui constitue, un grave danger pour l’unité des travailleurs et risque de les conduire à de sévères désillusions
C’est pourquoi, face à un pouvoir déterminé à imposer une régression sociale sans précédent et à l’occasion des luttes qui se développent pour y résister, les travailleurs et les syndicats de base doivent aussi combattre la collaboration et les capitulations des directions syndicales. Il faut renouer avec les principes gagnants du syndicalisme de classe et de masse et s’appuyer sur la mobilisation qui est forte dans certains secteurs et qui grandit dans beaucoup d’autres ; à partir des syndicats et collectifs de lutte, depuis la base jusqu’au niveau national, il faut construire une coordination interprofessionnelle prenant en charge la convergence des luttes que récusent les direction syndicales.
Dans ce moment de vérité, refusons les divisions et les trahisons, continuons de soutenir les luttes en cours en nous appuyant sur la base , engageons la bataille du 20 novembre afin que cette journée se transforme en véritable grève interprofessionnelle ; de nombreux secteurs du public mais aussi du privé ainsi que les étudiants y appellent d’ores et déjà.
Convergence des luttes pour se défendre tous ensemble ; uni le peuple est invincible